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Retraite active à Chiang Mai : que faire de ses journées ?

Randonnée, cours de thaï, yoga, marchés, voyages dans le nord... Chiang Mai est la ville thaïlandaise la mieux adaptée à une retraite occupée et vivante. Tour d'horizon complet des activités et du rythme de vie.

La première fois que j'ai vu William danser à One Nimman, il était 19h30.

Il approche les 70 ans, un verre de jus de fruits à la main, et il bougeait avec une décontraction que je n'ai jamais réussi à imiter. Il en paraissait vingt de moins. Autour de lui, des Thaïlandais, des touristes, quelques expatriés. C'est One Nimman : une place ouverte dans le quartier Nimman, des groupes qui jouent certains soirs. Des retraités, des digital nomads de 25 ans, des Thaïlandais du quartier. Tout le monde se côtoie sans que ça étonne personne. C'est une des choses que Chiang Mai fait sans effort : mélanger les âges sans que personne n'ait à le décider.

Je l'avais rencontré quelques jours plus tôt dans un café de la même rue. Il lisait. Un livre papier, avec du thé. Il faisait ça tous les après-midis, m'a-t-il expliqué. « J'ai arrêté d'avoir une raison de regarder l'heure. »

William vit en Thaïlande depuis des années. Il est suisse, a passé une partie de sa carrière aux États-Unis, et a une passion ancienne pour la danse. Il est arrivé à Chiang Mai sans agenda particulier. Et c'est exactement le problème qu'il avait en tête au moment de partir.

La question qu'on se pose avant de partir

« Et je vais faire quoi de mes journées ? »

C'est la phrase que j'entends le plus souvent chez les Français qui envisagent la Thaïlande pour leur retraite. Pas le visa. Pas la santé. Pas la langue. Le vide.

En France, les journées ont une structure que vous n'avez pas choisie : le travail, les obligations, le calendrier des autres. La retraite retire cette structure. Et la question qui vient aussitôt, c'est : est-ce que je vais m'ennuyer ?

La réponse courte : à Chiang Mai, non.

La réponse plus honnête : ça dépend de ce que vous y apportez. Mais la ville rend la chose beaucoup plus facile qu'ailleurs.

Ce que William fait de ses journées

William ne s'est pas inventé un programme. Il s'est laissé aller au rythme de la ville, et un rythme s'est formé naturellement.

Le matin, il marche. Nimman a des trottoirs praticables, des parcs, et le Doi Suthep en toile de fond. Certains matins il va plus loin : le sentier des moines vers le temple en sommet, deux heures aller-retour. D'autres matins il s'arrête au marché pour manger un khao tom : un riz bouilli avec des œufs et des légumes, 50 bahts, servi par une dame qui commence à le connaître.

L'après-midi, le café, le livre, le thé. Pas toujours le même café. Nimman en compte des dizaines, tous différents. Certains sont faits pour travailler — prise de courant à chaque table, wifi rapide, laptop partout. D'autres sont faits pour lire. Il a ses préférés.

Le soir, selon l'envie. Un restaurant. Un marché. One Nimman si un groupe joue. Il m'a dit que Chiang Mai était la première ville où il pouvait danser en plein air, le soir, sans que ça surprenne personne. Pour quelqu'un qui a cette passion depuis toujours, c'est plus qu'un détail.

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Ce que ça change, concrètement

La différence entre une retraite qui s'ennuie et une retraite active n'est pas dans les activités. Elle est dans le coût de sortir.

En France, sortir coûte de l'énergie, de l'argent, et souvent du temps de transport. Résultat : on reporte. On reste. On regarde quelque chose sur un écran.

À Chiang Mai, la friction est presque nulle. Un cours de yoga à 5 €. Un massage thaïlandais à 10 €. Un dîner au marché pour 3 €. Une randonnée accessible en 20 minutes de scooter. Quand la sortie ne coûte rien, on sort.

William a pris des cours de thaï deux mois après son arrivée. Pas pour devenir bilingue. Pour comprendre les échanges au marché. Pour que la dame du khao tom lui réponde autre chose que « yes yes ». Au bout de trois mois, il commandait son repas, négosiait un prix, et remerciait avec le bon ton. C'est peu. Ça change tout.

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Le dimanche soir au marché

Quand des amis me rendent visite à Chiang Mai, je les emmène au Sunday Night Market.

Le marché du dimanche occupe la rue Wualai, dans la vieille ville. Des centaines de stands d'artisanat, de vêtements, de nourriture. De la musique de rue tous les dix mètres. Des moines qui se frayent un chemin entre les touristes avec une dignité tranquille.

Ce que j'aime dans ce marché, ce n'est pas ce qu'on y achète. C'est ce qui se passe autour. Des expatriés qui se croisent et s'arrêtent. Des introductions entre inconnus qui deviennent des dîners. Une vie sociale qui n'a pas besoin d'être organisée pour exister.

Mes amis qui viennent de France repartent toujours avec la même phrase : « On ne s'attendait pas à ça. »

Ils s'attendaient à des plages et à la torpeur. Ils trouvent une ville qui bouge, une communauté qui tient, un rythme qui donne envie de rester.

Le gâteau près de la Ping River

Il y a une chose que je fais à Chiang Mai que je ne fais nulle part ailleurs.

Je m'assieds près de la Ping River, non loin du pont de verre, avec un café et une part de coconut pie. Je reste là une heure. Parfois deux.

Je ne travaille pas. Je ne regarde pas mon téléphone plus que nécessaire. Je regarde la rivière.

En France, je n'aurais pas eu ce temps. Ou plutôt, j'aurais eu ce temps et j'aurais eu l'impression de le gâcher. À Chiang Mai, quelque chose dans l'atmosphère de la ville rend l'inaction légitime. Tout le monde a l'air d'avoir décidé que prendre son temps n'est pas une faiblesse.

C'est peut-être ça, la vraie définition d'une retraite active : pas une liste d'activités à cocher, mais une vie où l'on choisit ce qu'on fait de ses heures, sans avoir à se justifier.

La question du suivi médical

William a eu une alerte cardiaque bénigne huit mois après son installation. Une douleur thoracique, un soir. Il est allé aux urgences du Chiang Mai Ram Hospital. Il a vu un cardiologue dans l'heure. Bilan complet, électrocardiogramme, prise de sang. Rentré chez lui à minuit avec un diagnostic clair et une ordonnance.

Coût : 4 200 bahts, environ 110 €. Remboursé par son assurance internationale.

Il m'a dit que ça avait été l'élément décisif pour rester. Pas la danse, pas le thé, pas les marchés. Le fait de savoir que si quelque chose se passait, la ville était équipée pour le traiter.

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Ce que Chiang Mai ne peut pas faire à votre place

La leçon : Chiang Mai donne les conditions. Elle ne crée pas la motivation.

Les retraités qui s'ennuient à Chiang Mai existent. Ils restent chez eux, regardent des séries françaises en streaming, sortent pour manger et rentrent. La ville ne vient pas chercher ceux qui attendent qu'elle vienne les chercher.

Ceux qui s'en sortent le mieux arrivent avec au moins une intention vague : apprendre quelque chose, aller quelque part, rencontrer des gens. William voulait « voir à quoi ressemblait une journée sans agenda ». C'était assez pour commencer.

Trois ans plus tard, il danse à One Nimman le soir et lit au café l'après-midi.

Ce n'est pas une retraite de rêve abstraite. C'est une retraite concrète, avec une adresse, une heure, et un verre de jus de fruits à la main.


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